Trois Slams verts

de Bernard Anton

Vice-président, Parti Vert de Prévost dans les Laurentides


Déréglé étalement

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Musique : Charles Johnson
(mp3 - 3 m 25)

Je n’en peux plus      je n’en peux pas      Il faut que j’écrive       il faut que je parle        Il faut que je propage ce message       important à notre race       Il faut que j’exorcise ma colère       et que je guérisse ma déception      devant la nature que j’aime      qui m’aime      Il faut que je défende les arbres      plus que nécessaires       arbres vivants       nos frères

C’est vrai que les algues bleues      envahissent nos lacs     C’est vrai qu’elles polluent nos Laurentides      l’eau      les poissons      le sable rendu gluant      et fétide      Les berges deviennent comme des bacs      des bacs à poubelles      sur nos quatre chemins

Cependant      je connais d’autres algues bleues      vertes      jaunes      beiges       au toit noir     qui poussent avec frénésie      sur des terrains pas du tout humides       Algues aussi envahissantes      polluantes     étouffantes     vrai fléau de la campagne     épidémie de nos montagnes     Ce sont les pâtés de maisons     en rang d’oignons     presque sans jardin autour     les promoteurs cherchent plus de pognon

Le développement urbain     c’est aujourd’hui la pollution de nos campagnes        Déforestation avant      coupe sauvage à blanc      En quelques secondes      des arbres qui ont pris cent ans à pousser      tombent      Ils purifiaient notre monde       Les boisés reculent      les boisés disparaissent      Au milieu des prairies      des centres d’achat      des poteaux électriques      et du béton comme des champignons       apparaissent

J’alerte les municipalités     les gouvernements     les MRC     J’en appelle aux législateurs     Arrêtez votre déréglé étalement     Restons comme on est      restons comme ce l’est     Révisons nos plans de gestion de l’urbanisation      Soyons justes     intègres      respectueux de l’environnement      et des êtres        Préservons le cachet de nos campagnes      des petites villes     des hameaux     Croyez-moi     à la longue      on y gagne

Pendant que j’écris ces lignes       pendant que vous écoutez ces phrases       ces algues bleues toxiques      continuent leur ravage      Elles poussent sur des terrains vierges et sans âge      D’autres sont en planification      d’autres sont en négociation      pour très bientôt      C’est le chaos

Nous sommes les pollueurs      nous sommes les ravageurs      nous sommes les destructeurs      les saccageurs d’une nature innocente      sans voix ni tuteur      Nous produisons notre smog      nos pluies acides      notre réchauffement global      Nous empoisonnons les oiseaux      les poissons      les abeilles avec nos produits chimiques      et nos phosphates      Pesticides       insecticides      fongicides      herbicides      panécocides       panbiocides      Est-ce ainsi que nous traitons      notre Mère la Terre      qui nous héberge      et nous nourrit ?

La Terre étouffe      la Terre a mal      La campagne n’est plus la campagne      la campagne est de plus en plus malade      Le naturel disparaît      Il n’y a partout que      traces de mains artificielles      Laissons donc tranquilles      ces terres heureuses d’être à l’abandon      Soyons les gardiens de ces calmes paysages      de notre pays le fleuron

J’entends rugir la Terre      J’entends sa voix grave et amère      Arrêtez tout de suite      avant qu’il ne soit trop tard      avant qu’elle ne procède      à bout de son indulgence      à bout de sa patience      à l’élimination      de ceux qui la traquent


Pratiques secrètes

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Musique : Charles Johnson
(mp3 - 5 m 31)

Je vais vous révéler      je vais vous raconter      quelques pratiques secrètes que j’ai      par amour de la nature     par amour de la planète      par amour de la Vie qui      passionnément m’envoûte      me séquestre     Je vous en prie      soyez indulgents      ne les répétez pas très haut      à tous les passants      Vous avez le droit de sourire      vous avez le droit de réfléchir      j’ai le droit d’agir     selon ma conscience et      à ma guise

Par où commencer      par où finir ?      Commençons par le commencement      par ce que je fais chaque nuit      avant de m’endormir      Hum     je vous vois aller      je vous vois conjecturer      Non      ce n’est pas ça     c’est plus intéressant que cela

Croyez-le      croyez-le pas      à la lueur d’une bougie      je prends entre mes mains      délicatement      comme si je tenais une fleur      un papillon ou un diamant      Je prends      tremblant comme un maigre enfant      je prends le globe terrestre      et tout ce qui va avec      mer      terre      flore      faune      êtres humains      Je caresse la rondeur de la Terre      admire son bleu      son vert      son jaune désert      la tourne dans tous les sens      Dévore des yeux ses océans      ses continents      son air      son vent      sa lumière douce qui me fait vivre      qui la fait briller     d’un bleu unique      sur son orbite      entre Vénus      Mars      et Jupiter

Je la tâte      la découvre      L’apprivoise      l’amadoue      La cajole      l’enjôle      L’enlace      la flatte      la frôle      La presse      la serre      l’effleure      Elle se dresse comme un sein bien ferme       et retient son souffle      savourant mon parcours      Je lui parle      la harangue      sors mon patois       et l’idiome de l’amour      Mon dialecte la délecte      la charme       la réjouit      Je la vois sourire      rougir      frémir      céder à mon regard pas mal farouche       après un léger détour

Je prends son pouls      l’ausculte      la guérit de ses troubles       la prie d’être forte      courageuse       de se rétablir vite malgré nos traitements      pas trop doux      malgré nos agissements       de conquistador et de bourreaux      J’apaise sa colère      calme sa rogne contre      ceux nombreux qui      encore et toujours      en dépit des neuf mille avertissements      la bafouent

Je souffle sur elle      lui insuffle un nouveau souffle      L’entoure de lumière      répands sur elle      autour d’elle      jusque dans son cœur       des rayons d’harmonie      de santé      de beauté      une radieuse jeunesse qui ne ternit      ni n’échoue      Je l’imagine cristal pur      fontaine de lumière      mature      libre      belle comme au premier jour

J’ai d’autres pratiques qui pourraient      vous paraître louches      Pour épargner l’eau      (non je n’ai pas de compteur !)      j’ai installé deux collecteurs de pluie      J’utilise une fois sur cinq      la chasse d’eau      Je prends vite ma douche      J’arrose mes plantes avec      l’eau de mon déshumidificateur       Je pisse dans un vieux contenant d’eau de javel      J’y ai intronisé un entonnoir      ça fonctionne à merveille      Quand c’est plein      je le répands autour de mon jardin      pour délimiter mon territoire      et éloigner les animaux malsains

Pour épargner les arbres que je plante      partout sur mon terrain      (bientôt ce sera une forêt opaque avec des lutins !)      j’utilise plusieurs fois la même feuille      J’écris ce texte au verso d’une page       à moitié pleine      Je récupère les mouchoirs pour      essuyer une tache par terre      Je transforme mes tasses fêlées      en porte-crayons       et mes draps usés en guenilles pour      laver mes vitres      mes meubles      mes chiens      Voyez-vous ?      Ce n’est point complexe      recycler est devenu pour moi un réflexe      Ça me comble de joie et d’amour juste      en pensant que je participe      avec mes gestes au quotidien      à ce qu’advienne      un meilleur demain

Ma poubelle est au régime      mes deux composteurs prennent du volume      Les restants de ma cuisine y nourrissent      des milliards de micro-organismes      Je cultive mes propres légumes      Je fabrique ma chapelure      mes sauces      ma confiture      Je rafraîchis mes vieilles chaises      répare mes vieux outils      donne une deuxième vocation      aux choses que je n’utilise plus      Les produits du terroir me nourrissent      Je trouve pour si peu      cinquante-deux mille items bénéfiques      au Marché aux puces

Tango Vert (Ré-action)

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Musique : John Winiarz
(mp3 - 3 m 19)

Quelques slams verts par Bernard Anton